AMOURS PERSANES, Anthologie de nouvelles iraniennes contemporaines.

"Il est grand temps de relire les auteurs iraniens, qui ont senti, et qui ont dit, que seul l’amour peut maintenir le monde dans sa main puissante." Jean-Claude Carrière, La réponse iranienne, préface à AMOURS PERSANES. Anthologie de nouvelles iraniennes contemporaines, traduites du persan par Julie Duvigneau et Massoumeh Lahidji.

 

"Voilà tout ce que j'imaginais pendant les jours où j'attendais ses lettres. (...) Je vécus ma mobilisation en m'engageant dans la guerre par correspondance. Chaque fois que j'entendais le nombre de morts à la suite d'une attaque, je le multipliais par deux : les soldats et leurs amoureuses." Mon imagination ne sert à rien. Nasim Vahabi

Amours Persanes
Gallimard, collection Du Monde Entier.
"Tous les détails du monde sont des amants." Rumi

  • Cette ambitieuse anthologie, réunissant dix-sept auteurs contemporains d'origine iranienne à travers le monde, propose un éventail de nouvelles unies par un thème commun :
    L'amour, sous toutes ses formes. L'amour filial, l'amour divin, l'amour tyrannique, l'amour déçu, l'amour de jeunesse, l'amour de l'art, du sport, de son métier, l'amour hétéro et homosexuel, mais aussi, et surtout, l'amour comme résistance. Autant de possibilités qui donnent à découvrir les nuances de l'âme iranienne.
    Les profils, les âges et les rapports à l'Iran de ces dix-sept nouvellistes sont variés :
    écrivains vivant en Iran ou exilés, celui qui n'est jamais retourné au pays ou celle qui y revient régulièrement, auteur en herbe ou déjà traduit en plusieurs langues, celui dont les ouvrages ont subi la censure ou celle qui a toujours écrit en toute liberté, écrivain bilingue, informaticien, journaliste, ingénieur, docteur ès lettres, traducteur, libraire ou mollah, toutes et tous représentent la littérature iranienne contemporaine, par-delà les frontières géographiques et linguistiques. Cette anthologie se veut une invitation à un voyage littéraire, au cours duquel ces huit femmes et ces neuf hommes racontent leur vision de l'amour, dans toute sa diversité.

    (Nouvelles choisies et présentées par Nasim Vahabi et Alireza Gholami)

  • Les paroles persanes sont parmi les plus anciennes du monde.
    La Perse - qui fut une province de l'empire iranien, lequel s'étendait, avant l'invasion arabe, de l'Inde à l'Egypte - offre une superposition multicolore de cultures, de pensées, de sentiments, avec une constante, qui se retrouve de nos jours : la passion de la poésie.
    Les tombes des grands poètes sont toujours vénérées (celles de Saadi et de Hafez à Shiraz, celle de Roumi à Konya, en Turquie), et leurs vers sont récités en toutes circonstances et servent à des exercices de divination.
    Leçons de vie, réponses aux questions existentielles, les poèmes anciens accompagnent tous les gestes de la vie.
    Pour l'essentiel, les textes de ce recueil relèvent de ce que nous appelons le "soufisme", sans trop bien savoir ce que ce mot veut dire. Du XIIe au XIVe siècle, ravagé par les invasions mongoles, l'Iran a connu une explosion poétique rare, intellectuelle autant que populaire.
    Allégresse et tristesse de la vie, élévation de l'âme à la recherche d'elle-même, et surtout un amour du vivant, irrésistible, universel, qui entraîne vers les plus hauts sommets, sont les thèmes les plus fréquemment évoqués.

  • Best-seller en Iran, ce livre, qui a donné lieu à une série de télévision iranienne, met en scène une famille de la classe ouvrière qui vit dans un modeste logement habité également par plusieurs familles. La famille s'apprête à recevoir un jeune couple. Cette visite donne lieu à toute une série d'incidents décrits avec un grand sens de l'humour...

  • Un écrivain iranien tente d'écrire un roman d'amour en déjouant la censure instaurée par la république islamique. Mais comment un homme et une femme peuvent-ils se rencontrer dans un pays où la séparation des sexes est de rigueur ? Sara et Dara s'aiment par messages codés, par ordinateur interposé ou en jouant à cache-cache avec les oppresseurs.

  • «À Chamkhaleh, cette deuxième vie, nocturne, était pour nous encore plus importante que la première. Si le jour était la joie de la baignade et l'étalage de l'épiderme, le soleil et les jeux, la nuit était le domaine des rêves, le royaume infini de l'imaginaire, de l'amour et des désirs. La lande perdue où tout était possible. Ça durait tant que ça durait. On dépensait de son sommeil sans compter. On ne mégotait pas sur sa jeunesse».
    Dans un style empreint à la fois de légèreté et de tragique, Javad Djavahery nous emmène sur les côtes de la mer Caspienne en Iran, dans les années 70, celles de l'insouciance de la jeunesse, avec des personnages attachants et complexes comme la rayonnante Niloufar et les passions qu'elle suscite. Il nous fait traverser vingt ans de l'histoire du pays, de l'orage de la révolution de 79 à la désillusion qui lui succéda dans une spirale de folie vengeresse, jusqu'aux années noires de la guerre Iran-Irak.
    Ma part d'elle est le récit d'un amour blessé, dans un monde semé de faux-semblants et de trahisons.

  • L' affamé

    Nahal Tajadod

    En 1185, à Tabriz dans le nord-ouest de l'Iran, Shams voit le jour. Encore enfant, il refuse le quotidien, les amitiés, les obligations. Pourquoi demeurer auprès de parents qui ne sont que des inconnus ? Prendre une épouse et fonder un foyer reviendrait à forger sa propre cage. Sa place est ailleurs, dans le grand océan.
    Il pratique le sama, cette danse mystique cherchant à relier le ciel à la terre. Il part pour Bagdad, Damas, Alep à la recherche de celui qui pourra lui apprendre quelque chose, de celui qui saura ne pas l'enchaîner.

  • Un secret de rue

    Fariba Vafi

    « Abou se meurt. Pas comme un vieil homme. Comme un crocodile. » Dans cette veillée, sa fille Homeyra se souvient de son enfance iranienne qui, loin de se limiter au foyer, déborde joyeusement, dramatiquement, à tout le voisinage.
    Dans l'une des rues de ce quartier pauvre, les jeux des enfants, les froissements des tchadors et les exhortations des patriarches se mêlent en brouilles, en conflits de générations et en vagues connivences. Au fil des années, la vie quotidienne de toute une société nous apparaît, si vivante et contrastée, à travers ses privations, les interdits qu'elle s'impose et son lancinant désir d'émancipation. Cette chronique des moeurs et coutumes dominée par l'arbitraire patriarcal se déploie au gré de la folle amitié de deux gamines, Azar et la narratrice. Azar la petite sauvageonne qui refuse en riant l'éprouvante discipline des adultes. Homeyra qui ne rêve que de fuir le grand deuil de l'amour des mères et la jalousie absolue et brutale des pères. Tout le talent de Fariba Vafi est de nous donner à comprendre, avec autant de tendresse pudique que d'intelligence critique, le destin d'un peuple à travers la vie de tous les jours.

    Écrit sur le mode de la confession intemporelle, mêlant les temps autour d'événements cruciaux, comme la mort du père, de ce vieil alligator ombrageux, et le sacrifice monstrueux de l'amie d'enfance perchée dans son arbre, ce noyer secourable où elle trouvait refuge contre toutes les agressions d'un grand frère aussi lâche qu'intolérant, cette reconstitution de la vie d'un quartier pauvre d'une ville de la Perse d'aujourd'hui vaut par les mille anecdotes et incidents, le tissu singulier d'usages, de règles courantes, de traditions minuscules, de coutumes tellement ordinaires qu'elles participent des gestes de tous les jours.
    Il s'en dégage à la fin comme un bruissement de tragédie, un sentiment de familiarité oppressant : nous vivons ce que vivent ces enfants et ces femmes bafouées, ces jeunes gens en délicatesse, à l'exclusion des mâles enfermés dans leur rôle castrateur. La rue d'Homeyra, nous la parcourons incessamment de haut en bas, reconnaissant en aveugle les parfums, toutes les odeurs qui scellent chaque palier, chaque étal de boutique d'un souvenir. La rue d'Homeyra, c'est toute une mémoire bruissante, pleine d'échos et de couleurs, qui voudrait faire le deuil des blessures du passé en rendant son beau rêve de liberté à l'enfance qui demeure en chacun de nous.

  • Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune.

    De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire.

    Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.

  • La jarre

    Houshang Moradi-Kermani

    Un peut village iranien aux portes du désert.
    Dans la cour de l'école est posée la khomreh, une énorme jarre à laquelle les enfants viennent régu1ièrement se désaltérer. Un jour la khomreh est vide : l'eau a fui par une fissure apparue pendant la nuit. Il faut la réparer ou la remplacer. Mais personne n'aurait pensé que ce fût si difficile. Avec des mots très simple et cette poésie qui fait le charme des conteurs orientaux, Houshang Moradi-Kermani raconte la quête des enfants, de leur instituteur et de la courageuse madame Khavar, en butte à l'égoïsme et à la mesquinerie.
    Drôle, plein de vie, ce livre a été à l'origine d'un film, couronné du Léopard d'or au Festival international du film de Locarno ainsi que de plusieurs prix en France et au Brésil.

  • Ce récit est tiré d'une histoire vraie qui pose sur l'Iran d'aujourd'hui un regard allant à l'encontre des idées reçues. C'est le renouvellement d'un passeport qui amène l'héroïne à rencontrer des gens drôles et généreux, à se retrouver dans des situations cocasses voire surréalistes et à opter pour la débrouillardise dont doit faire preuve cette société. Une galerie de personnages hauts en couleurs : un médecin légiste fou de Schopenhauer, deux photographes rempailleurs de chaises, une maquerelle femme d'affaires désireuse d'étendre son marché de chair fraîche à Dubaï... Un récit espiègle et plein d'humour, qui révèle l'immense tendresse d'une femme pour son pays.

  • Deux femmes se parlent. Deux Iraniennes. La première, jeune comédienne au succès grandissant, est née après la révolution de 1979, et n'a connu que le régime islamique. La seconde, écrivain reconnu, a grandi dans l'Iran du Shah. Nous les suivons pas à pas dans leur vie quotidienne. La première raconte son enfance, sa découverte de l'amour, ses engagements politiques, ses démêlés avec la censure, son exil. La seconde, installée à Paris depuis trente ans, se souvient de l'Iran de sa jeunesse où elle pouvait se promener sans foulard et en minijupe. Un roman à deux voix, drôle, pathétique, violent, doux parfois, qui raconte la vie des femmes dans l'Iran d'aujourd'hui.

    « De ces deux voix vibrantes naît un Iran de beautés, de contradictions. Nahal Tajadod nous brosse ici un portrait magistral, bouleversant, de son pays, avec une grande poésie, d'infinies nuances, de l'humour, un sens profond du tragique. » Patricia Reznikov, L'Humanité.

  • Elle joue

    Nahal Tajadod

    Deux femmes parlent. Elles sont toutes deux iraniennes.
    L'une a grandi dans l'Iran du Shah, l'autre, née après la Révolution de 1979 n'a connu que le régime islamique. Ce livre est leur histoire : à deux regards et à deux voix. La plus jeune, Sheyda, est comédienne. Elle raconte son enfance, comment elle est devenue, très tôt, une vedette. Elle raconte sa vie étrange, sa gloire, ses démêlés avec la censure, son exil enfin. Quant à la femme qui écrit, Nahal, installée à Paris depuis trente ans, elle se rappelle l'Iran de sa jeunesse où elle plongeait dans la piscine de son lycée en bikini, où elle pouvait se promener sans foulard et en minijupe. Les deux femmes, miroir l'une de l'autre, apportent chacune des réponses aux questions qu'elles se posent. Qu'est-ce que vivre aujourd'hui, pour une femme, dans un Iran sous régime islamique ? Qu'estce qui est permis et ne l'est pas ? Comment dire les choses sans les dire ? Comment changer de vie ? Comment être une autre ? En un mot : comment jouer ? Au fil des pages, les deux femmes, finissent par ne plus en former qu'une. Ce livre ne ressemble à aucun autre, drôle, pathétique, violent, doux parfois, il sait nous émouvoir parce que ses accents sont ceux d'une réalité devenue fiction.

  • À l'intérieur du Masnavi, l'oeuvre maîtresse du grand mystique Rûmi, Nahal Tajadod a choisi trente-sept récits, qu'elle a adaptés et revisités. Ils sont allégoriques, surprenants, assez souvent énigmatiques. Ils mettent dans le même sac les pets d'un âne et la plus haute spéculation mystique, la résolution des contraires, la nécessité de l'absurde.
    Pour nous présenter ces histoires, Nahal Tajadod a inventé un personnage vraisemblable, un relieur de Neyshabour, ville importante du Khorassan, province du nord-est de l'Iran. Comme Rûmi, le relieur vagabond doit s'enfuir. Au dernier moment, il doit abandonner sa maison, son travail, ses ouvriers. Amateur d'histoires, il va devenir histoire lui-même, dans ses rencontres et dans ses aventures, avant de rejoindre Rûmi en Anatolie, d'entrer dans son intimité, d'assister à son enterrement.

  • Durant les siècles obscurs qui séparent le déclin de Rome du triomphe enflammé de l'Islam, s'épanouit en Perse une Église chrétienne aujourd'hui oubliée, et dont Nahal Tajadod ressuscite pour nous les éclats et les ombres. Si ses membres s'appelaient entre eux " les porteurs de lumière), les ténèbres de l'époque n'épargnèrent pas son histoire troublée. Pleine de supplices, de prodiges, de personnages étonnants, cette histoire de l'Église iranienne des premiers âges nous montre aussi comment naquirent, dans le tumulte d'un christianisme à la recherche de son identité, différents phénomènes appelés à une grande postérité : l'esprit missionnaire, la persécution pour la foi, l'effroi fascinant du martyre, la condamnation à mort de l'hérétique, et aussi cette alliance intime d'un État et d'une Église, berceau des fanatismes.
    Au fil de cette lecture fascinante, on découvre ainsi que cette histoire en apparence lointaine nous tend en réalité un miroir, certes un peu dépoli, mais crûment fidèle, où se lit notre propre visage.

  • Roumi, le brûlé

    Nahal Tajadod

    • Lattes
    • 6 Octobre 2004

    Roumi représente aujourd'hui, et dans le monde entier, le plus haut degré jamais atteint de la poésie mystique. Ses vers ont une élévation, une flamme et un rythme qu'on ne rencontre nulle part ailleurs. Il a marché dans « la prairie des anges ».
    Mais on ne connaît pas l'origine, la naissance de cette flamme. Né au XIIIème siècle, en Afghanistan actuel, exilé à Konya en Turquie, à la suite d'une invasion mongole, il fut d'abord un immense esprit académique, entouré de milliers d'élèves. Soudain, à quarante ans, marié et père de famille, il rencontra un derviche errant de soixante ans, un homme frileux, étrange et provocant. Les deux hommes s'enfermèrent ensemble pendant quarante jours et, lorsque Roumi sortit de cette retraite, il dansait. Il était littéralement devenu un autre homme. Il abandonna ses disciples et se mit à chanter des vers inoubliables.
    Cet événement extraordinaire - encore énigmatique aujourd'hui -, la métamorphose d'un théologien en poète d'amour fou, pose mille questions. La première, à laquelle répond ce roman, est celle-ci : Pourquoi un homme, sachant que son amant est menacé d'être assassiné s'il quitte la demeure où ils sont enfermés, lui dit néanmoins : « sors » ? La flûte, pour devenir une flûte, doit se séparer du roseau. C'est une séparation déchirante, qui équivaut à une mort. Mais comment, sans cela, le roseau pourrait-il chanter oe
    Dans ce roman magique et incandescent, Nahal Tajadod restitue tout un monde et une passion fabuleuse qui ont donné naissance à quelques unes des plus belles pages de la littérature persane et mondiale.

  • « Maintenant elle sait que le bonheur est vagabond, fait de tout petits instants, provoqué, peut-être, par des inconnus. » Cécile Renan est une femme singulière. Elle est riche et spendide. Mais cette bonne fortune s'accompagne d'un frisson secret et tenace. Elle a peur de tout perdre, de se perdre, de traverser la vie tout en marchant à côté d'elle-même. Un jour, elle pousse la porte d'une épicerie iranienne à Paris. Que cherche-t-elle ? Elle l'ignore. Mais elle se lie avec le patron et sa famille délurée, fantasque, qui n'ont rien à lui refuser. Ils bouleversent la vie de Cécile et se laissent éblouir par elle.

    Nahal Tajadod nous plonge dans un univers loufoque, oriental, où une femme française, se faufilant entre deux mondes, part à sa propre reconquête.

  • Debout sur la terre

    Tajadod-N

    • Lattes
    • 31 Mars 2010

    Autour d'un incroyable trio va se dérouler avec fougue, brio, fantaisie, générosité et sous une plume aussi inspirée que drôle, l'histoire mouvementée du peuple iranien du début du XXe siècle jusqu'à quelques mois après la révolution de Khomeini.
    « Le livre possède son avant et son après la révolution. Dans l'avant, il y a un homme politique, auteur d'une biographie de Victor Hugo, qui pourrait être un vieil ami de la famille. Dans cet avant, il y a aussi un heureux réalisateur de télé. Il est l'oeil du livre, celui qui par sa nonchalance, son indécision, son charme et son inertie même pourrait, plus tard, faire un film de cet Iran-là. Lui aussi, je l'ai connu. Il était amoureux de ma mère.
    Le livre est dominé aussi par une femme, originaire d'une tribu kurde, grande propriétaire terrienne dans le nord de l'Iran, dont le personnage est adapté de celui de ma mère. Sans ses terres, elle ne comprenait pas sa vie. Elle aime le réalisateur, mais à sa façon, dans la retenue la plus stricte. Ces trois personnages, comme d'autres, croyaient avoir les yeux ouverts et même grands ouverts. Ils se croyaient à la pointe de leur époque, en avance même, ils connaissaient les poèmes anciens aussi bien que les lois républicaines, l'avenir leur appartenait. Ils étaient chics, ils étaient cultivés, ils étaient assez riches, ils formaient des cercles fermés où ils ne voyaient et n'écoutaient qu'eux-même, insensibles aux mouvements profonds qui rongeaient la terre sous leurs pieds. Ils croyaient jouer un rôle de toute première importance dans la marche du monde, et le monde allait sans eux, et même contre eux.
    La seconde partie du livre, après la révolution, passe vite, comme si les personnages principaux, ne vivaient plus, ou tout au moins de vivaient plus la vie pour laquelle ils avaient été programmés. Ainsi L'Honneur oublié des Ilkhan déroule, à propos de l'Iran, le spectacle de l'aveuglement de quelques-uns devant les surprises prodigieuses de l'Histoire de la fin subite d'un temps qui se croyait établi pour toujours. » Un grand livre.

  • Dans ce recueil empli d'échos, les chants de l'enfance tournent en boucle comme des obsessions, les arbres ont forme humaine au crépuscule et les ombres des hommes sont bien plus longues que leurs pas - comme les contes de mille et une nuits cauchemardesques et grinçantes.
    Chez Sadeq Hedâyat, trois gouttes de sang au fond d'un jardin nour- rissent amplement la folie d'un homme, une mission archéologique suit pas à pas la recette de sorcellerie découverte au creux d'un sarcophage antique, une femme promet à son mari de lui prouver de facto l'existence de l'au-delà, des pèlerins en quête d'absolution se tombent dans les bras en évoquant leurs pires méfaits, une jeune femme simple se découvre masochiste dans le mariage...
    /> Trois gouttes de sang est un recueil de nouvelles extraordinaires et cruelles autant que magnifiques, situées dans l'Iran de l'entre-deux-guerres, qu'il nous tient particulièrement à coeur, sous l'égide des libraires participants, de donner à découvrir ou à redécouvrir, en tant que 50 e volume de la collection Z/a.

  • La chouette aveugle

    Sadegh Hedayat

    • Corti
    • 1 Août 1989

    Petit-fils du célèbre poète et critique Reza Qouli Khan, Hedayat Sadegh naquit à Téhéran le 17 février 1903. Il n'y a que peu à dire de sa vie extérieure. Son indépendance intellectuelle, sa modestie, sa pureté d'âme lui ont fait choisir en effet l'existence effacée et les souffrances d'un être d'élite qui se refuse aux compromis. Sa grande douceur de coeur, un esprit toujours prompt à saisir le ridicule des choses, son indulgence aussi pour ceux qu'il aimait, tempéraient seuls son mépris de ce monde.
    Formé à la lecture des maîtres modernes de l'Europe, mais également pénétré d'un profond amour pour le folklore et les traditions de sa patrie, S. Hedayat a cherché son inspiration auprès du peuple de l'Iran. Cependant, la passion avec laquelle l'écrivain s'est penché sur les religions de la Perse antique, sur les superstitions et les pratiques de magie populaire qui en dérivent, a éveillé aussi chez lui le goût de l'insolite et, bien souvent, il écarte les étroites barrières de la réalité, pour laisser le merveilleux envahir la vie de ses personnages : l'action d'un roman comme La Chouette aveugle se situe très loin de l'espace et du temps ordinaires.
    Comme les plus grands poètes de sa race - on songe à Omar Khayam, le seul, d'ailleurs, qu'il aimait - S. Hedayat est un pessimiste. C'est un regard désespéré qu'il promène sur le monde. Ce univers aux lois impénétrables, mais absurdes et cruelles, s'il entr'ouvre parfois devant nous ses cercles les plus fantastiques, loin de nous offrir alors la promesse d'une destinée meilleure au-delà de l'existence terrestre, nous apparaît toujours baigné de la même sinistre lumière. Rien à espérer de cette vie, rien non plus d'une autre. Telle est l'obsession que l'on retrouve à chaque ligne de La Chouette aveugle.
    Sadegh Hedayat s'est donné la mort à Paris, rue Championnet le 9 avril 1950.

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