Jocelyne Dakhlia

  • De tous les pays du monde arabe, la Tunisie était sans doute celui dont on attendait le moins qu'il entre en révolution.
    Cet événement inouï a surpris le monde entier. Ce basculement révolutionnaire, cette libération inespérée n'étaient dans aucun programme politique, dans aucune perspective un tant soit peu articulée. Il n'y aurait donc pas de sens à prétendre l'événement prévisible et à l'enfermer, rétrospectivement, dans une linéarité historique. Jocelyne Dakhlia se positionne comme citoyenne franco-tunisienne au moins autant qu'en tant qu'historienne pour nous livrer une réflexion sur la révolution que vient de vivre la Tunisie, analysant tout à la fois le contexte dans lequel le pays se trouvait au moment du déclenchement de la révolution et ses premiers développements politiques.
    /> Elle nous propose ainsi une grille de lecture innovante, percutante et sensible, qui permet de mieux comprendre la révolution tunisienne et d'aller bien au-delà de toutes les idées reçues et des multiples analyses de circonstance.

  • C'est l'histoire d'un continent enseveli, d'une véritable langue commune, la lingua franca, disparue au fil du temps avec les conquêtes coloniales, au xixe siècle, puis, avec les constructions politiques nationales, au xxe siècle.
    C'est l'histoire d'un lien, profond, vivant, multiple et changeant qui réunit durant au moins quatre siècles. autour d'une "même" langue, l'europe et l'islam. certes, comme nous l'apprend l'auteur, jocelyne dakhlia, "parler une même langue n'est pas parler d'une même voix". mais cette langue commune n'a cessé de permettre l'échange, y compris clans la guerre de course en méditerranée, comme parmi les captifs et les renégats.
    C'est l'histoire, très largement inédite, d'un lieu médian. a l'heure oú l'on ne parle plus que de frontières entre les civilisations, "véritables cicatrices qui ne guérissent pas" selon fernand braudel, voici une nouvelle lecture du monde méditerranéen. c'est l'histoire d'une autre méditerranée. qui nous raconte les lieux de la mixité, de la contiguïté et des interactions entre les hommes et les femmes qui vivent de part et d'autre de cette mer entre les terres.
    C'est l'histoire bien vivante d'une langue morte, qui a laissé de profondes empreintes. c'est l'histoire exemplaire et fondatrice d'un livre événement qui va changer pour longtemps notre vision des relations entre les langues et les cultures de la méditerranée. t. f.


  • À Bagdad, au VIIIe siècle, le calife Hârûn al Rashîd
    ordonne la décapitation de son fidèle
    ministre Ja'far, ainsi que l'exécution de sa famille,
    les illustres Barmécides. Cet épisode, célèbre dans
    tout l'Islam et notamment relaté dans Les Mille et
    Une Nuits, met en évidence un motif récurrent
    dans l'histoire du monde arabo-musulman, celui
    du couple formé par le sultan et son ministre. Bien
    plus qu'en Europe, cette alliance repose en effet
    sur des affinités affectives. Le ministre du
    sultan est presque toujours son ami intime,
    voire son amant, et leur collaboration
    prend souvent fin dans le sang, justifiant
    en apparence le lieu commun d'une
    histoire politique placée sous le signe de
    l'instabilité. Pourtant, l'irruption de la
    passion en politique remplit également
    une fonction régulatrice : symptôme d'une
    crise, d'une rupture de l'ordre du royaume,
    elle permet finalement que naisse une «voix» de
    l'opinion, un pouvoir politique négocié.
    À travers le prisme du couple que forment le
    sultan et son ministre, notion centrale de la
    littérature politique et historiographique, Jocelyne
    Dakhlia examine à nouveaux frais la question du
    despotisme et de l'arbitraire politique en Islam.
    Elle invite à découvrir la richesse de l'héritage
    médiéval et moderne des États du monde islamique,
    à mille lieues de l'image erronée d'un univers
    politique voué à l'absolutisme, sans contrepoids
    ni mûrissement démocratique possibles.


  • Islamicites

    Jocelyne Dakhlia

    • Puf
    • 2 Mai 2005

    La collection est dirigée par Georges Balandier, professeur émérite à l'Université de Paris Sorbonne, directeur d'études à l'EHESS. Les ouvrages publiés sont des travaux de jeunes chercheurs français en sciences sociales.

  • Depuis une dizaine d'années, l'art et les créations artistiques ou littéraires contemporains d'un nombre croissant d'artistes, cinéastes, écrivains, musiciens, originaires de pays d'Islam, qu'ils soient ou non de " culture musulmane ", connaissent un développement totalement inédit.
    Jamais le monde islamique contemporain n'avait été aussi présent, en France notamment, sur le plan culturel. Cette évolution, déjà très sensible, a été paradoxalement renforcée par le choc des attentats du 11 septembre 2001, comme si l'art devait et pouvait seul constituer le terrain d'une " réconciliation " avec l'Islam, comme s'il était le lieu où les conflits, enfin, se voyaient désamorcés, vidés de substance...
    Ce livre, produit dans ce contexte de tensions et d'attentes, de possibles malentendus, entend, en premier lieu, donner une vision transversale des différents secteurs de la création artistique des pays d'Islam, de tous les domaines créatifs éventuellement " traversés " par la question de l'islam, pour faire le point sur ces dynamiques en cours, si mal connues ou trop souvent identifiées à quelques individualités, dans l'ignorance du milieu qui les porte.
    L'ouvrage s'interroge, en second lieu, sur la portée de cet art dans l'espace civique, et dans le débat public, tant sur les scènes occidentales que dans le monde musulman.

  • A l'encontre des idées reçues, l'auteur montre qu'il existe depuis toujours, particulièrement au Maghreb, une science politique indépendante du fait religieux. A partir d'une analyse de sources variées, elle s'interroge sur les causes du refoulement d'un héritage non théologique du politique en Islam, dédaigné par le recherche contemporaine.

  • De même qu'on admet aujourd'hui l'inexistence de " sociétés sans histoire ", on tient pour acquis qu'il ne saurait exister de sociétés sans mémoire : chacune viserait à perpétuer le souvenir du maghreb, affectées du double signe de la " tradition orale "

  • Cet ouvrage collectif porte sur l'intégration historique des Musulmans en Europe. Ce premier tome, Une intégration invisible, remet en question nombre d'idées reçues, montrant qu'on ne peut plus s'en tenir au schéma d'une quasi-absence des musulmans en Europe jusqu'au XIXe siècle, qui aurait été suivie de flux de circulation ou d'immigration, tous tributaires de la colonisation. Ce livre établit au contraire que des Musulmans ont bien été intégrés par milliers et dizaines de milliers dans les sociétés d'Europe occidentale, tout en restant le plus souvent invisibles. Il montre également que la présence de l'Islam dans l'espace public, ainsi que d'un culte musulman dans cette partie de l'Europe (mosquées, cimetières...) n'est pas une question neuve ou même contemporaine.
    À travers des études de cas ou par pays, les auteurs expliquent pourquoi ces réalités n'ont pas été visibles ou bien étudiées jusqu'à présent. Et se référant au récent débat sur les « statistiques ethniques » en France, ils exposent la difficulté qu'il peut y avoir, aujourd'hui comme par le passé, à définir un « musulman » dans un contexte européen, ainsi que les problèmes éthiques et politiques que soulève cette approche.
    La problématique du livre entre en résonance avec les questions que soulève le débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe : peut-on être musulman et Européen ? Peut-on être un Européen musulman ?

  • Comme le premier, ce second tome se réfère directement à des débats civiques actuels, et plus particulièrement au projet de l' « Euroméditerranée », avec ce qu'il implique comme questionnements à l'Union européenne. Là encore, il s'agit de rompre avec la vision classique de deux mondes, Europe et Islam, qui se regardent en chiens de faïence, en concluant parfois des alliances diplomatiques et en s'empruntant de temps en temps sur le plan culturel. Les auteurs infèrent de la longue présence musulmane en Europe, une toute autre perspective pour comprendre les relations et l'entre-deux de la Méditerranée.
    Leur argument est qu'une forte conflictualité entre l'Europe et les sociétés islamiques n'empêchait pas de véritables relations de continuum, à la fois culturel et humain, un peu comme aujourd'hui où ces relations sont tendues et crispées alors même que l'imbrication des populations est constante. Ils discutent alors l'idée reçue que ce continuum serait le fait de diasporas ou de médiateurs culturels privilégiés pour montrer que des dynamiques intégratrices animent, de part et d'autre et au coeur même de leurs structures, les sociétés en contact.
    Ce livre plus théorique invite à sortir d'une problématique toujours sousjacente du « choc des civilisations », en montrant que les frontières politiques et religieuses ne recoupent pas nécessairement des ensembles culturels cohérents et que, si l'adversité politique ou religieuse est bien réelle, il ne faut pas en déduire des situations de vide ou d'interstices sur d'autres plans. Il permet d'affirmer que, sur un autre mode, plus culturel et social, les musulmans s'avèrent solubles dans l'Europe. Les antagonismes religieux ou politiques, aussi rédhibitoires soient-ils, ne doivent pas empêcher de voir les lieux d'une proximité ou d'une identité d'être, au sens de l'être social ou culturel et non pas au sens de l'humanisme.

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