William Henne

  • Les personnages de cette histoire attendent un train qui n'arrive pas. Pour certains d'entre eux, cela fait des années. Une galerie de personnages s'entrecroise dans le hall monumental d'une gare aux allures de cathédrale, qui pourrait être Anvers ou une gare qui lui ressemble, pas loin d'un port et à côté d'un zoo : le chef-contrôleur, qui s'arroge un pouvoir tyrannique sur les voyageurs, le bagagiste indiscret, le journaliste et rédacteur en chef de La gazette de la Station, le courtier en assurance, le clown, le contrôleur retraité, le barman, la prostituée, le contrôleur stagiaire, le prêtre, le peintre, etc. Jan, un jeune marin, s'éprend de Mona, la fille du chef-contrôleur. On échafaude des théories sur l'état des choses, l'attente interminable, le despo-tisme du contrôleur, l'arrivée d'un train, un jour, etc. Les personnages sont enfermés dans leur fonction, comme les protagonistes d'un spectacle de marionnettes.
    La Station est un système économique et social à ce point cohérent que ses habitants croient dépendre de son existence. Ils l'ont en tout cas adopté. Par conséquent, ils y tiennent et la venue même du train tant espéré serait une forme d'Armageddon. C'est une société en minia-ture. C'est aussi une image mentale très forte, dont dépendent psychologiquement certains voyageurs. Jan tente de remettre en question ce système. Comment contester ce qui ne repose sur rien mais à quoi tous se sont adaptés ?

  • Quand les sentiments sont pris dans les spirales infinies de l'administration ou quand, pour se suicider, on a besoin d'une licence sans laquelle on est passible de la peine capitale. Un personnage, victime de ses démons, se rend compte, un peu tard, que la machine administrative ne revient jamais en arrière.
    Deux trames s'alternent : dans la première, le personnage court vers la mort en enta-mant les démarches en vue de l'obtention d'un permis de se suicider, dans la seconde il tente d'échapper à un tueur. Les deux trames finissent par se rejoindre.
    Une première version de La poursuite a été publiée en 2001 : réalisée dans l'ur-gence, avec un trait enlevé, elle ne rendait pas l'ambition graphique initiale qui consis-tait à restituer la stature boursouflée de la justice et le rythme trépidant de la pour-suite. C'est à présent chose faite.

  • Le lichen rouge

    William Henne

    Jan Ache rentre chez lui, il fait connaissance avec sa nouvelle épouse et ses nouveaux enfants. Ainsi commence ce récit dont les protagonistes vivent dans une société qui interchange ses citoyens en fonction des nécessités. Jan, malgré sa bonne volonté, peine à s'adapter et tente de retrouver son ancienne compagne. L'auteur cherche à conférer une cohérence à chacun de ses livres pris séparément, mais de l'ensemble se dégage une unité qu'il rend manifeste de livre en livre. Ils forment un ensemble. Cette fois-ci, dans La permutation (errata), des chapitres sont interchangés à deux reprises, au début et à la fin, à des moments-clef de l'histoire. Cela permet notamment une entrée en matière surprenante lorsque le personnage fait la connaissance de sa nouvelle famille. Le soustitre du livre, « errata », fait justement référence à ces permutations de chapitres, mais aussi à un dysfonctionnement de la machine administrative qui régule la composition des ménages.

  • Jan reçoit la visite de Marc, un ancien camarade de classe, sans se douter que ce dernier va envahir son intimité à un point insoupçonnable.
    Le livre est traversé par un texte enigmatique qui semble décrire la vie et la personnalité de Jan. Il est réparti en deux lignes par planche. Chacune de ces lignes font une centaines de caractères et déroule en fait une seule et même phrase qui n'a ni début ni fin. La mise en scène de la trame visuelle (les images donc) reste très sobre et l'intrigue assez ténue, de la même façon que la trame littéraire n'est pratiquement pas narrative (plutôt même contemplative), de façon à ce que ces deux trames parallèles ne se télescopent pas trop dans l'esprit du lecteur et que la lecture ne deviennent pas un exercice inutilement fastidieux. Ces deux trames se croisent (nécessairement puisqu'il y est question de Jan et de son appartement), mais conservent toujours un décalage insolite.

  • En ce joli mois d'avril bourgeonne le huitième opus de William Henne, "Les songes [reliefs]", en vente dans toutes les bonnes pépinières.

  • Les songes

    William Henne

    Depuis des années, Henne note sur un carnet les quelques rêves dont il parvient à se souvenir et qui lui semblent constituer matière à adaptation. Il en adapte ici une dizaine. Avec leur logique si particulière, ces récits contés par le sommeil évoquent le grotesque et la violence de l'intime. Le héros est tantôt dans la peau d'un éditeur pour qui la confection d'un livre devient un casse-tête chinois, tantôt dans celle d'un médecin qui ne sait pas pratiquer la médecine, ou encore dans celle d'un enfant de cinq ans... ces histoires connaissent toutes la même fin, le réveil, qui dénoue les contradictions et met un terme à l'angoisse générée. À chaque rêve, un style différent : acrylique, aquarelle, fusain, crayon, plume, vecteur (à la manière d'un mode d'emploi), noir et blanc, bichro, quadri... un traitement de l'image aussi variable que la fantaisie des rêves qui semblent, malgré leur incongruité, toujours évidents aux yeux de ses acteurs. Son univers trouble s'échafaude en contrastes et en nuances, et emmène son alter ego de papier, comme son lecteur, aux abords d'un monde désenchanté.

  • La station

    William Henne

    Les personnages de cette histoire attendent un train qui n'arrive pas. Pour certains d'entre eux, cela fait des années. Une galerie de personnages s'entrecroise dans le hall monumental de la gare d'Anvers, aux allures de cathédrale ferroviaire (ou d'une gare qui lui ressemble, pas loin d'un port et à côté d'un zoo) : le chef-contrôleur, qui s'arroge un pouvoir tyrannique sur les voyageurs, le bagagiste indiscret, le journaliste et rédacteur en chef de "La gazette de la Station", le courtier en assurance, le clown, le contrôleur retraité, le barman, la prostituée, le contrôleur stagiaire, le peintre, etc. Jan, un jeune marin, s'éprend de Mona, la fille du chef-contrôleur. On échafaude des théories sur l'état des choses, l'attente interminable, le despotisme du contrôleur, l'arrivée d'un train, un jour, etc. Les personnages sont enfermés dans leur fonction, comme les protagonistes d'un spectacle de marionnettes. La station est un système économique et social à ce point cohérent que ses habitants croient dépendre de son existence. Ils l'ont en tout cas adopté. Par conséquent, ils y tiennent et la venue même du train tant espéré serait une forme d'Armageddon. C'est une société en miniature. C'est aussi une image mentale très forte, dont dépendent psychologiquement certains voyageurs. Jan tente de remettre en question ce système. Comment contester ce qui ne repose sur rien mais à quoi tous se sont adaptés ?

  • Astro boy, le petit robot est un shonen manga d'Osamu Tezuka, publié entre 1952 et 1968. Cette série de science-fiction se déroule dans un monde futuriste où robots et humains coexistent. Elle est basée sur les aventures d'Astro Boy (souvent nommé simplement Astro), un puissant robot créé par le chef du Ministère de la Science, Dr Tenma, pour remplacer son fils Tobio, mort dans un accident. Dr Tenma construit Astro à l'identique de Tobio et l'élève comme il l'aurait fait de son propre fils.
    Il réalise bientôt que le robot ne peut combler le vide laissé par son fils, Astro ne pouvant exprimer les traits de caractère ni vieillir comme le fait tout humain. Refaire, à un détail près, un livre à l'identique, dans le respect de la charte d'Essaim, pour en modifier, corriger ou raviver la réception et la signification, n'est pas sans évoquer la nouvelle de Borges, "Pierre Ménard, auteur du Quichott"e, qui décrit la vie et l'oeuvre de l'écrivain imaginaire Pierre Ménard.
    Il y détaille son invraisemblable projet : réécrire, pour l'actualiser, le premier livre du Quichotte. Au bout d'une vie d'effort, parvenant à cette nouvelle forme contemporaine et parfaite, il a reproduit l'oeuvre de Cervantès à l'identique, dans l'espagnol archaïque du XVe siècle. Borges justifie ce travail et démontre que le résultat de Ménard est supérieur à l'original : si Cervantès écrivit banalement dans l'espagnol de son temps, Ménard s'est livré à une création linguistique analogue à celle de ces romans historiques du XIXe, qui présentent deux passages identiques que le contexte de leur écriture rend pourtant opposés.
    La collection Essaim rassemble des créations issues de détournements, respectant strictement une charte exigeant qu'une modification, une seule, soit opérée sur l'ensemble d'une oeuvre qui en modifie, corrige ou ravive la réception et la signification. La subversion décrite par Karl Marx, par laquelle Marchandise>Argent>Marchandise est devenu A>M>A', permettant l'accumulation de capital par l'exploitation de la valeur travail, puis simplement A>A', trouve ici son expression artistique contemporaine : M>A>A'>A''...
    , ad libitum, ou encore A>A>A'>A''... où le premier A est celui d'Astro Boy.

  • Ingrédients : des baskets, un MP3, Pergolese, une dette, un couteau, un larcin, un juge, la télévision, la paella al pimenton, un poivron de trop, un portable de trop, un centre commercial.
    La première BD hip hop de William Henne et françois Olislaeger (et de la 5ème Couche) nous montre où peut mener, parfois, l'emboîtement des circonstances et des personnes.
    Remontant d'une situation absurde à ses causes logiques et inéluctables, "La régression" est une fable à la fois grotesque, banale, extraordinaire et réaliste.
    On reconnaît la façon de construire un récit qu'affectionne tant Henne, qui ne se lasse pas de déplacer la chronologie des évènements. Et comme toujours, si tout s'inverse et tout régresse dans le dispositif narratif, c'est pour mieux représenter.
    Un récit en prise avec le réel (son dessinateur met un point d'honneur à dessiner tout sur le vif ) où l'intrigue nous éclaire sur les petites misères du monde, sur les tares et les conflits dérisoires de la vie moderne.

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