La Cinquieme Couche

  • Guerre à la Terre articule au passage que Ellul consacre à Sparte dans sa somme sur l'histoire des institutions celui que Hérodote dédie aux Scythes de la Mer Noire. Hanté par la figure de l'étranger, le livre est conçu comme ce système de correspondances que la tradition chrétienne appelle lecture typologique. Son modèle est celui des jeux de passages thématiques, iconographiques et historiques entre l'ancien et le nouveau testament, tels qu'on les retrouvent frappant le portail du Duomo de Pisa ou la statuaire du jubé d'Albi.
    Mais ici, prise dans une double trame antique, c'est une troisième image fantôme qui se dégage, celle du contemporain et de ses propres mythes nationaux.

  • L'oeuvre poignant de Judith Forest enfin réédité en intégrale : les cultissimes 1h25 et Momon, Mister John, Travelling, etc. accompagné d'un appareil critique, des entretiens avec l'auteure, les articles marquants de l'époque, des croquis et dessins préparatoires.

    Judith Forest est une comète. Au long de sa courte et brillante carrière, qui n'aura duré que trois ans, elle aura été l'auteure de deux livres qui auront marqué leur époque et défrayé la chronique, avant de disparaître sans laisser de trace. Elle avait à peine plus de vingt ans (sa date de naissance est incertaine). Dans le second de ses livres, elle évoquait déjà son désir et son impression de disparaître, et son envie de se consacrer, loin du monde et des hommes, à l'herboristerie.

    Avec des contributions de Xavier Löwenthal, Thomas Boivin, William Henne, François Olislaeger, Fabrice Neaud, Thierry Groensteen, Morgan di Salvia, Clément Solym, Memphis Jack, Alain Lorfèvre, Romain Brethes, Nicolas Ancion, Marine Gheno et Christophe Poot.

  • Derrière les délicats ourlements brodés et sous la couture, il y a l'hymen déchiré et le placenta. Aurélie William Levaux tisse ses rêves d'interrogations doulou-reuses. Sous le fard de ses paupières, pendant son sommeil tourmenté, l'éternel aiguillon du désir féminin : "faire la maman et la putain ?".
    Fil conscient, fragile, douloureux, toile écrue et colorée, motifs végétaux évoquant une sexualité onirique et fertile, les entrelacs d'Aurélie W. Levaux enserrent le lecteur dans une psyché trouble, où la bouche de l'enfant tête le sein tandis que les lèvres rubis de la mère s'offrent au plaisir. Aurélie Levaux, dans un miroir brisé qui nous la reflète en facettes multiples et dissonantes, coud à même sa peau un récit extraordinaire de désirs et de vie, et nous livre encore une fois son coeur, cru et tendre comme la main d'un nourrisson.
    On songe souvent à Frida Kalho, et à toutes les femmes exceptionnelles qui ont su, dans l'histoire, rendre la complexité du sexe, du désir et de la maternité avec les accents de la vérité et les ornements les plus éblouissants.
    Après Menses Ante Rosam, les éditions de la Cinquième Couche proposent ici une nouvelle édition des Yeux du Seigneur, cartonnée et en dos toilé.

  • Après une dure journée d'usine, quoi de mieux que d'aller s'en jeter un petit derrière le gosier? Après Querelle de Brest, après l'Opéra de Quat'Sous, Hareng couvre-chef est une évocation mythique et fantasmée des caves enfumées et des tangos au bord des docks. Dans ce récit illustré, le trait expressif et éclaté émerge des fumées irritantes des bas-fonds esquissés par Christophe Poot. Il réinvite une langue qui mêle à la fois onomatopées et expressions créées de toutes pièces. Ce livre est paru en 2001, mais l'auteur n'a depuis pas abandonné ses penchants pour le monde maritime, tant s'en faut. C'est donc une édition riche d'une dizaine de textes et d'illustrations inédites, présentées comme des chansons évoquant la vie des marins, le travail dans la marine marchande et la beauté des sites portuaires. Le style graphique s'est entretemps légèrement dépouillé, le style littéraire aussi, ce qui augmente encore l'intérêt de présenter cette ré-édition et ses prolongements dans l'imaginaire de l'auteur. Nous avons aussi voulu, pour cette présente édition, soigner particulièrement le choix du papier, des typographies et la fabrication du livre, pour vous offrir une lecture optimale de ce petit ouvrage à l'argot poétique et au dessin expressionniste.

  • Une panne, un vol de portefeuille dans un quartier décrépi et la vie de Bertrand bascule.
    Il refait sa vie dans ce quartier populaire, aux prises avec la promotion immobilière. Tout s'ef-fondre autour de lui, mais Bertrand ne voit partout que beautés. Bertrand n'est pas distrait, il se concentre sur l'essentiel : la beauté des plantes vertes qui cachent les fissures sur les murs, les jeux des enfants qui jouent avec les fourmis et les souris de l'appartement.
    Les subtiles bichromies de Benoît Guillaume portent cette fable urbaine aux accents de réalisme magique.

  • Après Snaked trip & co en 2007, La ligne rose en 2009, Volcano versicolore en 2012, In extincto exstasis est le quatrième vo-lume des aventures d'Innuit Siniswichi, alias Sylvain Paris ou Koloro Koro, parues à La Cinquième Couche, dans la collection Extracteur.
    Si Snaked trip & co est un catalogue, La ligne rose un « cut up comic book », Volcano versicolore une variation graphique et picturale de l'émancipation plastique des phylac-tères et autres composantes des codes de la BD, In extincto exstasis est un ouvrage plus ouvertement littéraire, poétique et narratif selon le principe du screen split. Chaque page a une double lecture : une moitié de page colorée et picturale relatant les perfor-mances d'Innuit Siniswichi se trouve en résonance avec l'autre demi-page, graphique et textuelle, en noir et blanc.
    In extincto exstasis est coréalisé avec Francois Xavier Serrano (alias Javier Kronauer) qui avait déjà contribue a la partie textuelle de Volcano versicolore.

  • Un homme, habité par une angoisse soudaine, décide de se cloîtrer chez lui et de se couper du monde. Ses voisins, le livreur, l'hôpital, ses propres meubles... Tout pour lui représente un danger mortel. Il est rongé par la suspicion et la peur. L'angoisse le gouverne à tel point que sa raison lui fait défaut. Toute sortie est pour lui une aventure à hauts risques si bien qu'il évite, tant que possible, tout contact avec le monde extérieur. Mais un jour, son docteur, seule personne qu'il laisse pénétrer dans sa forteresse, l'oblige à sortir de son repli. Son anxiété prend alors une ampleur démesurée. Et il va développer toutes sortes de troubles psychosomatiques. Commence alors le début de sa fin.
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    Ces dessins à la fantaisie cauchemardesque reflètent habilement les délires paranoïaques du protagoniste de cette histoire, Monsieur Fernando. Les visages grimaçants, les corps désincarnés, les personnages effacés, les décors tonitruants et menaçants permettent au héros d'évoluer dans l'univers de son imaginaire et de faire de ses hallucinations visuelles, sa réalité profonde.

  • Le chant de Pedro Moura décrit le panthéon des anges, une description pour chaque ange. Il s'en dégage une description de l'homme, de tous ses carac-tères. Une description fabuleuse et poétique de la créature dans la dévastation du monde, le vent dans les ruines. Il y a là du La Bruyère et quelque chose d'Aristophane (Contes démoniaques).
    Le texte est mis en images par Ilan Manouach (Limbo, Frag, Les lieux et les choses...) dont les illustrations brillantes et violentes amplifient la scansion du poème.

  • Ce sont 32 pages appelées Judex. Judex comme matrice, comme matrice à faire des choses dites « choses de Judex ». De la machinerie Judex, faire des Judex.
    L.L de Mars a dessiné 32 pages muettes, et invité plusieurs auteurs à ré-agencer ces planches et à combler les phylac-tères vides pour constituer un récit. Cette démarche s'inscrit dans les pratiques poétiques à contrainte, comme celles qui animent l'OuBaPo ou qui adviennent dans le cadre du festi-val Pierre Feuille Ciseaux auquel L.L de Mars a participé plusieurs fois. Les propositions des contributeurs qui ont accepté de jouer le jeu relèvent du récit purement narratif, du discours poétique, du détournement ou de la parodie.
    Toutes les histoires nées de la matrice Judex sont auto-nomes, et peuvent être présentées séparément ou concerter en pialant.

  • Judith Forest revient sur son premier livre, " 1h25", et sur l'accueil qu'il a suscité. Elle exprime ses doutes et ses interrogations sur les conditions de création qui ont prévalu à la naissance de cet ouvrage.

  • Ingrédients : des baskets, un MP3, Pergolese, une dette, un couteau, un larcin, un juge, la télévision, la paella al pimenton, un poivron de trop, un portable de trop, un centre commercial.
    La première BD hip hop de William Henne et françois Olislaeger (et de la 5ème Couche) nous montre où peut mener, parfois, l'emboîtement des circonstances et des personnes.
    Remontant d'une situation absurde à ses causes logiques et inéluctables, "La régression" est une fable à la fois grotesque, banale, extraordinaire et réaliste.
    On reconnaît la façon de construire un récit qu'affectionne tant Henne, qui ne se lasse pas de déplacer la chronologie des évènements. Et comme toujours, si tout s'inverse et tout régresse dans le dispositif narratif, c'est pour mieux représenter.
    Un récit en prise avec le réel (son dessinateur met un point d'honneur à dessiner tout sur le vif ) où l'intrigue nous éclaire sur les petites misères du monde, sur les tares et les conflits dérisoires de la vie moderne.

  • "VSAdH/EdWB/IpAN" signifie "Variations Sur l'Ange de l'Histoire / Essai de Walter Benjamin / Inspiré par Angelus Novus, (un Dessin de Paul Klee)".
    "Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que, jusqu'au ciel, devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès." Walter Benjamin, Thèses sur la philosophie de l'histoire. Le chant de Pedro Moura décrit le panthéon des anges, une description pour chaque ange. Il s'en dégage une description de l'homme, de tous ses caractères. Une description fabuleuse et poétique de la créature dans la dévastation du monde, le vent dans les ruines. Le texte est mis en images par Ilan Manouach (Katz, Limbo, Frag, Les Lieux et les Choses...) dont les illustrations brillantes et violentes amplifient la scansion du poème.

  • Être partout est un recueil reprenant des poèmes d'Alcools et des calligrammes de Guillaume Apollinaire. Poète avant-gardiste, ses textes ont su préserver, à travers le temps, toute la modernité qui les caractérise. Warren Craghead transpose ici le processus poétique par ses dessins crayonnés. La juxtaposition des différents éléments de l'image, à la manière du poète juxtaposant les mots, préserve l'esprit purement surréaliste d'Apollinaire et transporte le lecteur au coeur même des textes poétiques. Il joue avec la calligraphie et s'amuse à la renverser. Désormais, ce ne sont plus les mots qui forment le dessin mais le dessin qui se disloque pour former et agencer les mots sur la page.
    Une des principales difficultés résidait dans l'adaptation graphique du livre, dans la mesure où l'auteur a dessiné les fragments de poèmes en anglais, dans ses dessins, en référence aux calligrammes chers à Apollinaire. L'auteur a donc redessiné toutes les phrases en français et les a réintégrées aux dessins originaux.

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