Sciences humaines & sociales

  • Heureux les nomades et autres reportages

    Gabrielle Roy

    • Boreal
    • 10 Janvier 2008

    Au printemps 1939, l'esprit encore habité par son séjour de dix-huit mois en Europe, Gabrielle Roy, qui vient juste d'avoir trente ans, loge dans une chambre du centre de Montréal - " la plus misérable petite chambre qui se puisse trouver en dehors des prisons ", se souviendra-t-elle une quarantaine d'années plus tard. Elle a choisi de ne pas retourner au Manitoba, où l'attend pourtant un poste d'institutrice, et de rester dans la métropole pour y gagner sa vie en écrivant. Puis voilà qu'un beau jour du printemps 1940 " une grâce toute spéciale de la Providence " la conduit au bureau de René Soulard, le rédacteur en chef du Bulletin des agriculteurs, magazine montréalais auquel le nom et la plume de Gabrielle Roy vont dès lors demeurer associés pendant plus de cinq ans. Plus qu'un simple gagne-pain, la collaboration au Bulletin peut être envisagée comme le point de départ du parcours littéraire de Gabrielle Roy, c'est-à-dire à la fois comme un apprentissage décisif et comme une " première consécration [...] qui l'oriente définitivement vers l'écriture ". Elle va s'y consacrer avec beaucoup d'application et mettre au point, durant ces cinq années, une vision du monde, une sensibilité et un ensemble de valeurs qui seront par la suite indissociables de son oeuvre : la compassion, l'intérêt pour les minorités culturelles et les colonies, mais aussi la fascination pour le nomadisme et les personnages solitaires ainsi que le goût des paysages et de la géographie. Ce livre reprend vingt-huit de ces reportages, qui portent sur Montréal, la Gaspésie et la Côte-Nord, l'Abitibi, l'Ouest canadien et diverses régions du Québec. Les textes sont agrémentés de nombreuses photos - souvent prises par Gabrielle Roy elle-même - qui accompagnaient originalement les reportages.

  • Notre époque, celle du « dépassement » des vieilles contraintes et des préjugés hérités du passé, le discours commun et la propagande des puissants veulent nous la présenter comme l'aboutissement normal de la démocratie moderne, dont les promesses, enfin, seraient sur le point de se réaliser pleinement. Or ce n'est pas du tout ce que pense Mathieu Bock-Côté. Pour lui, le monde qui se met en place depuis un quart de siècle dans l'ensemble de l'Occident, loin de prolonger ou d'accomplir l'histoire qui l'a précédé, marque au contraire une rupture radicale, sinon une « trahison », c'est-à-dire l'abandon pur et simple de ce qui a guidé jusqu'ici nos façons d'être, de penser, de vivre en société, par l'instauration de ce qu'il appelle un nouveau régime, fondé sur une vision entièrement nouvelle de l'homme et de la cité, celle d'un homme coupé de toutes racines, de toute appartenance, soucieux uniquement de son bonheur et de ses droits d'individu, celle d'une cité qui cesse de se voir et d'agir comme communauté politique et culturelle pour n'être plus qu'un rassemblement de consommateurs semblables à tous les consommateurs de la planète.

    De ce nouveau régime, Mathieu Bock-Côté propose donc, dans la vingtaine d'essais réunis ici, à la fois un tableau et une critique, en abordant certaines de ses manifestations et certains de ses mythes les plus actuels, de la théorie dite du genre à la prétendue « fin des idéologies », du suicide assisté conçu comme un droit de l'homme à la célébration du « multiculturalisme ».

  • Que ce soit comme nouvelliste et romancière, du Torrent et des Chambres de bois à Kamouraska et aux Fous de Bassan, comme poète, du Tombeau des rois aux Poèmes pour la main gauche, ou comme dramaturge, des Invités au procès à La Cage, Anne Hébert (1916-2000) nous a laissé une oeuvre dont la splendeur, l'originalité et la force font d'elle une figure majeure de la littérature québécoise et canadienne du xxe siècle. Commencée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette oeuvre s'échelonne sur une cinquantaine d'années, toujours nouvelle et cependant toujours fidèle au même désir, à la même exigence : vivre, c'est écrire. Mais qui était cette femme qui a donné naissance dans tant de livres à tant de beauté, de violence et de vérité ? Sur sa vie, son intimité, ses rapports avec sa famille et ses proches, Anne Hébert était la discrétion même, comme si la présence et le rayonnement de son oeuvre exigeaient l'effacement de sa personne, sa propre absence, en quelque sorte. De son enfance et de sa jeunesse, de ses apprentissages, de la trajectoire qui l'a conduite du Québec où elle est née à la France où elle s'est épanouie, de ses façons de travailler, des rencontres qui l'ont marquée, des êtres qu'elle a aimés et qui l'ont aimée, entourée, soutenue, des joies et des souffrances qu'elle a vécues et qui ont pu nourrir son imagination de romancière, elle n'a pratiquement rien dit, ni dans ses écrits ni dans ses interventions publiques.
    C'est donc sur ce « mystère Anne Hébert » que se penche ici Marie-Andrée Lamontagne, non certes pour le résoudre (qui saura jamais la vérité d'un tel être ?), mais pour essayer au moins de l'éclairer avec toute la précision, la sympathie et l'honnêteté qui s'imposent. Recherches dans les bibliothèques et les dépôts d'archives, exhumation et dépouillement de correspondances privées et de papiers de famille, entretiens avec plusieurs témoins, dont des proches, consultation d'imprimés et de documents audiovisuels de toutes sortes, voyages : mariant l'enquête journalistique et l'essai littéraire, la biographe n'a rien négligé pour nous offrir un portrait complet et vivant de cette grande dame dont l'existence, vouée à la littérature, aura épousé le xxe siècle.

  • Nul ne se souvient du nom que lui donnaient les Indiens. Peut-être l'appelaient-ils simplement onon:ta' : la montagne. Ceci n'est pas un ouvrage de plus sur le mont Royal : on n'écrit jamais sur autre chose que du papier. Je n'écris pas sur mais pour la Montagne, devant elle, en sa présence, à partir des traces que la forêt de temps de son paysage conserve du passage des Ochehagas. J'ai pris le parti de nommer et de parcourir ce paysage tel qu'il était avant l'assaut de l'asphalte, et tel qu'il sera « tant que l'herbe poussera » encore lorsque l'effritement de cette prétention de pierre qu'est le béton perpétuera avec peine un vague et vain souvenir des derniers humains. Dans les iora'wihstote de ce kahiatonhsera' (les pelures, c'est-à-dire les pages, de ce livre), je propose moins une histoire qu'une géopoétique du mont Royal. J'y localise avec une nouvelle exactitude les emplacements d'événements dont l'histoire n'a conservé que les dates, de façon à réinscrire dans le présent les souvenirs qui ne cessent d'habiter ces lieux de mémoire parfois disparus, le plus souvent irrémédiablement altérés - à mettre en oeuvre l'actualisation d'un devenir-paysage : celui de l'onon:ta' des Ochehagas.

  • Un café avec Marie

    Serge Bouchard

    • Boreal
    • 28 Avril 2021

    Les quelque soixante-dix textes qui composent ce nouveau recueil de Serge Bouchard pourraient s'appeler des « micro-essais », d'abord parce qu'ils ont été écrits pour la radio de Radio-Canada, et aussi en raison de l'exigence artistique qui les inspire, celle de la brièveté, c'est-à-dire d'une prose aussi dense, économique et précise que possible, et qui possède en même temps le pouvoir d'évocation de la poésie. Mais avant tout, ce recueil est un livre d'amour et de deuil, tout entier placé sous le signe de Marie, la compagne trop tôt disparue, dont la présence (ainsi que l'absence) colore chaque page, chaque phrase, chaque évocation. Non pas qu'il y soit toujours question d'elle, loin de là ; comme toujours chez Serge Bouchard, c'est de notre vie quotidienne, de notre monde, de notre passé, de la nature autour de nous qu'il est question, et en particulier de tout ce que nous ne voyons pas et que seul le regard affûté du poète anthropologue sait nous faire découvrir. Mais Marie est toujours là, tout près, en arrière-plan, dans la pièce d'à côté, en quelque sorte, et c'est dans son regard et son esprit à elle que tout se déploie, autant que dans ceux de son compagnon qui tient la plume.

    « Nous prenons ce bon café, le premier du matin, nous établissons ensemble le plan de la journée, de la semaine. Marie mange des oeufs à la coque avec des mouillettes. Nous voudrions tous les deux que ce moment dure, nous voudrions abolir le futur. Plus rien n'existe que cet instant, que cette scène où nous discutons, Marie et moi, en buvant notre tasse de café. Mais le meilleur, c'est quand elle ne dit mot, quand je garde moi-même le silence, et que nous nous entendons penser, elle dans ma tête et moi dans la sienne. »

  • La Souveraineté en héritage

    Jacques Beauchemin

    • Boreal
    • 15 Juillet 2015

    Désirons-nous vraiment réaliser l'indépendance politique du Québec ou sommes-nous trop épuisés pour espérer remporter un troisième référendum ?

    Jacques Beauchemin le militant explore les raisons profondes qui font de la souveraineté un objectif historique essentiel. Par contre, Jacques Beauchemin le sociologue ne peut cacher son inquiétude devant la démission collective des Québécois, qui semblent accepter sans états d'âme que leur langue française périclite et que leur culture se délite.

    L'auteur met le lecteur au pied du mur : les ancêtres canadiens-français ont-ils lutté et résisté avec autant de courage depuis la Conquête pour voir leurs descendants dilapider l'héritage ?

    Les héritiers - que nous sommes tous - choisiront-ils une démission tranquille ou relèveront-ils l'urgent défi auquel ils font face ?

    « La Souveraineté en héritage » est un remarquable essai politique qui arrive à point nommé, au moment où le Parti québécois cherche un nouveau souffle.

  • Le rêve de Champlain

    David Hackett Fischer

    • Boreal
    • 3 Octobre 2013

    Dans Le Rêve de Champlain, l'historien américain David Hackett Fischer brosse un portrait profondément renouvelé et fascinant de cette figure que l'on croyait familière et en fait ressortir les multiples facettes : le soldat, l'espion à la solde du roi, l'artiste doué, le cartographe de génie et le navigateur hors pair.

    Champlain a lutté pour la réalisation d'un rêve immense, un Grand Dessein pour la France en Amérique. Pendant trente ans, il a sillonné un territoire que se partagent aujourd'hui six provinces canadiennes et cinq États américains, tout en menant un combat non moins farouche contre les ennemis de la Nouvelle-France à la cour d'Henri IV. Lui qui était né dans un pays ravagé par les guerres de religion, il a encouragé les mariages entre colons et Indiens, il a prêché la tolérance envers les protestants. Il a inlassablement tenté de maintenir la paix entre les nations indiennes, mais il a su quand il le fallait prendre les armes et imposer un nouvel équilibre politique, se révélant ainsi un guerrier et un stratège redoutables. Il a été un leader visionnaire, surtout si on le compare à ses contemporains anglais et espagnols, un homme qui rêvait d'un monde plus humain et vivant en paix, dans une époque marquée par la cruauté et la violence.

    Fruit d'une recherche colossale, accompagnée de nombreuses cartes et illustrations, dont plusieurs de la main de Champlain, cette grande biographie, la première depuis des décennies, est tout aussi enlevante que la vie de son modèle.

  • Nous autres, les autres

    Régine Robin

    • Boreal
    • 12 Décembre 2011

    Fine analyste de discours idéologiques et libre flâneuse de parcours urbanistiques, Régine Robin, historienne, sociologue, écrivain, s'est toujours préoccupée, en lisant, en écrivant et en marchant, des questions politiques d'identité, de culture et de mémoire. Arrivée à Montréal en 1977, professeur et citoyenne, pugnace républicaine devenant Canadienne et prêtant serment d'allégeance à la reine d'Angleterre (elle aurait préféré le faire sur la bible de Proust), l'auteur de La Québécoite, au bout de trente ans de résidence première, évoque, convoque et disloque tout ce qui fait qu'elle est " devenue d'ici " même si, comme elle l'écrit, " je ne me suis jamais sentie chez moi ". Dans ce livre qui inaugure la collection " Liberté grande ", on trouve une indéniable et cinglante analyse du nationalisme québécois et un questionnement inquiet sur la transculture et l'écriture migrante. Bilan d'une " allophone d'origine française ".

  • Louis Riel et Gabriel Dumont

    Joseph Boyden

    • Boreal
    • 18 Août 2017

    Fou ou bien héros ? Homme d'État visionnaire ou bien fanatique religieux ? Qui était donc Louis Riel, l'homme qui a défendu son peuple contre l'invasion des colons blancs ? L'homme en qui on reconnaît aujourd'hui le père du Manitoba et qui a enflammé les passions au Québec, soulevant la colère des francophones contre Ottawa et préparant le terrain aux luttes entourant la Conscription ?
    Tout à l'opposé, Gabriel Dumont était un homme pragmatique, excellent chasseur, rompu aux tactiques de la guérilla, qui se méfiait du fanatisme de Riel. Il semble ne pas avoir mesuré les conséquences de son geste, quand il a ramené Riel de son exil américain. Et, bien sûr, il était loin de se douter que la pendaison de celui-ci allait attiser pour longtemps la mésentente entre les peuples fondateurs du Canada.
    L'excellent romancier canadien-anglais Joseph Boyden, d'ascendance métisse, fait revivre pour nous ces deux personnalités si contrastées en recréant de façon extraordinairement convaincante la pensée et la parole des deux hommes.

    Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

  • Essai Nouveauté hors office Printemps 2011 Informations génériques Titre : Le Peuple, l'État, la guerre au Canada sous le régime français Coll. : Essai Auteur(s) : Louise Dechêne Éditeur : Éditions du Boréal Date de MEV : 10 mai 2011Format : 15 x 23 cm Prix : 30 eurosNombre de pages : 666ISBN : 978-2-7646-0594-3 Contenu du livre Dernier ouvrage, posthume, de la grande historienne, Le Peuple, l'État et la Guerre au Canada sous le Régime français vient modifier considérablement notre vision de la société coloniale et de son État avant tout militaire. Les annales militaires puis à leur suite l'historiographie du Régime français nous ont habitués à voir évoluer le milicien canadien presque d'un bout à l'autre de l'épopée coloniale. Le milicien et non les miliciens, voilà le problème, car on a élevé les Canadiens au statut de symbole de bravoure, d'indiscipline, de " canadianité " en somme. S'attaquant au mythe du peuple guerrier, ce livre entreprend de rendre aux miliciens leur pluralité et, par là, une certaine densité humaine.

    En fait, c'est l'ensemble de la population d'une colonie, devant composer avec la guerre et ses exigences, que Louise Dechêne fait revivre ici. Adoptant la perspective des paysans et du petit peuple urbain, c'est sans complaisance mais de près qu'elle regarde les puissants, ceux de Québec et dans une moindre mesure ceux de France, faire leur travail de gouvernants au nom des privilégiés.

    Alliant empathie et sensibilité au social, Louise Dechêne entreprend de reconstituer le point de vue des dominés. Rejetant une historiographie fondée sur le bellicisme et le particularisme populaires, elle cherche à rendre à cette condition coloniale une partie de ses dangers, de son équivoque. Et au peuple, une voix.


    Les auteurs Louise Dechêne (1928-2000) est une historienne québécoise de renom. Professeure à l'Université de Montréal et à l'Université d'Ottawa puis, pendant près de deux décennies, à l'Université McGill, elle est l'auteur de plusieurs études historiques marquantes dont Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle.

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  • La poésie québécoise

    François Dumont

    • Boreal
    • 7 Octobre 1999

    La poésie manifeste au Québec un dynamisme particulier.
    En effet, plus nettement que pour les autres genres littéraires, une tradition y existe, qui constitue un réseau vivant dans lequel beaucoup d'oeuvres circulent librement depuis plusieurs années. Selon une, perspective chronologique, François Dumont montre comment ce réseau s'est progressivement constitué et modifié, par l'écriture des poètes et par le travail de la critique. Il s'attache d'abord et avant tout à dégager les mouvements, les tendances, les figures et les textes qui apparaissent aujourd'hui comme les repères les plus importants.

  • La révolution technique ; essai sur le devoir d'humanité

    Daniel Jacques

    • Boreal
    • 25 Novembre 2002

    La génétique, l'informatique, les neurosciences et ce que certains nomment déjà la bionique sont porteuses d'un avenir prodigieux tout autant par ses promesses que par ses périls. La technique exerce désormais une fascination sans rivale sur nos sociétés. Le risque paraît grand qu'une telle ivresse ne dissimule un affaissement du sens moral, or il n'y a de civilisation possible que dans l'équilibre entre la puissance qu'engendre le savoir et la sagesse nourrie par la réflexion éthique. Daniel Jacques entend montrer ici que notre puissance technique doit être assujettie à la compassion, compassion pour nos semblables, mais aussi compassion pour tous les vivants qui nous accompagnent. Il nous faut entrer dans le règne de la technique par la voie la plus humaine. Autrement dit, suite au déclin du christianisme et de l'humanisme classique, il ne nous reste, pour fonder l'humanisme - à la marge du discours que tiennent les sciences naturelles sur l'homme, devenu mi-machine, mi-animal - que cette expérience brute du mal qui se trouve au coeur du XXe siècle, soit le génocide des Juifs d'Europe. D'une certaine manière, ce gouffre moral, cet abîme d'inhumanité, nous tient lieu de révélation, la seule révélation qui puisse encore nous guider dans le grand oeuvre technique auquel nous semblons destinés. Par-delà le devoir de mémoire qui nous rattache à cet événement, la compassion représente un don d'humanité qu'il nous faut apprendre à préserver au moyen d'un langage nouveau.

  • Derive globale

    Dorval Brunelle

    • Boreal
    • 22 Mai 2003

    La mondialisation occupe une place importante dans l'espace public : voie obligée de la prospérité pour les uns, elle est pour les autres responsable de tous les maux affligeant la société contemporaine. Curieusement, ces jugements contradictoires sur la mondialisation tendent tous deux à négliger les discours ayant présidé à la mise en place du monde de l'après Seconde Guerre.

    Dorval Brunelle revient sur les fondements de l'ordre d'après-guerre, tels qu'ils se lisent dans les propos de ses architectes d'alors. L'examen de la création des grandes institutions internationales, à cette époque, constitue le point de départ d'une analyse articulant la reconstruction des espaces international et national à la création de l'État-providence et à la reconnaissance des droits sociaux. Sur cette base, l'auteur s'attarde ensuite à l'éloignement par rapport à ce projet initial, lisible dans ce qu'il appelle la globalisation, qui rompt avec la logique mise en place au sortir de la guerre.

    Dans ce nouveau cadre institutionnel, l'Amérique du Nord occupe une place privilégiée. C'est en effet dans le libre-échange entre le Canada et les États-Unis que le nouvel ordre global trouve le premier lieu de son déploiement. Il convient donc d'analyser de près la dynamique inaugurée par cet accord pour saisir, a contrario, ce que la pensée de l'immédiat après-guerre, derrière des apparats libéraux, peut encore proposer d'intéressant à tous ceux qui appellent de leurs voeux une mondialisation alternative.

  • La social-démocratie est une idée galvaudée, qui semble avoir perdu son sens d'origine. À la lumière de l'histoire récente, ne pourrait-on pas penser que, depuis trente ans, les partis sociaux-démocrates, une fois au pouvoir, ne défendent pas leur base naturelle et historique, la classe ouvrière ? L'auteur aborde cette question en étudiant le positionnement sociopolitique actuel des partis sociaux-démocrates, dont la compréhension nécessite par ailleurs des retours sur le passé, de même qu'en tentant de définir l'état et la nature des revendications sociales d'aujourd'hui.

  • Recits de mathieu mestokosho

    Serge Bouchard

    • Boreal
    • 22 Avril 2005

    En 1970, jeune anthropologue, Serge Bouchard recueillait les propos de Mathieu Mestokosho, décédé en 1980 presque centenaire, chasseur montagnais de la Minganie et du Labrador. Par la parole de Mathieu, c'est tout un monde ancien qui revit, celui des enfants de la Terre de Caïn que les colons européens avaient choisi d'ignorer.
    Heureusement pour nous, la mémoire de Mathieu Mestokosho nous permet de nous réapproprier bien tardivement toute une part de notre héritage culturel que nous avons failli laisser perdre.
    « Les émotions que m'avait procurées il y a dix ans la première lecture de ce texte sont demeurées intactes. Ces émotions, elles tiennent d'abord à la poésie des grands espaces de neige, aussi doux que violents, aussi limpides que mystérieux; non pas ces espaces que nous nous sommes plu à rêver sans guère les connaître (et en reprenant souvent le discours de l'Européen), mais ceux que Mestokosho et les siens ont pratiqués pendant
    des millénaires et que ce survivant, tout proche de la mort, raconte dans ses mots.
    L'émotion jaillit aussi des gestes les plus simples, ceux de la vie quotidienne arbitrée par le rapport à la nature c'est-à-dire aux esprits qui sont partout et qui veillent, qui protègent ou punissent selon leurs humeurs du moment. Enfin, c'est un grand émoi qui s'empare du lecteur confronté à la tragédie qui guette constamment, à la famine qui menace, à la présence discrète de la mort. Mais une mort apprivoisée, qui fait partie de la culture et de la mémoire, et que le vieil homme évoque sur un ton respectueux, certes, mais étrangement familier, pacifié, à travers des épisodes dont il ne paraît pas
    mesurer la gravité et la beauté.
    Le récit que voici, dans son dépouillement, dans sa simplicité, livré avec la plus grande économie de mots et de moyens, offre l'occasion d'une véritable plongée au coeur de cette vie ancienne, qu'il permet d'imaginer telle qu'elle a pu être avant l'arrivée des civilisateurs. Pour le reste, on en conviendra, c'était bien la moindre des choses que la technologie du Blanc, par le truchement du magnétophone, fasse renaître au moins dans la parole ce monde qu'elle a tant contribué à défaire. » Extrait de la préface de Gérard
    Bouchard

  • Abolissons l'hiver

    Bernard Arcand

    • Boreal
    • 25 Mars 1999

    L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infarctus qui suit une séance de pelletage intensif, ou encore la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Comment échapper à cette fatalité?

    Et si, tout simplement, c'était notre conception de l'hiver qui était fautive ? En effet, nous nous obstinons à mener une vie productive en hiver alors que les éléments - c'est le moins qu'on puisse dire - sont contre nous.

    Pour retrouver le bon sens, il suffirait donc d'inverser la situation. Travaillons davantage l'été, et ainsi nous aurons tout l'hiver pour nous reposer, pour hiberner sous la couette, en remerciant le ciel de nous envoyer ce froid qui rend la maison si agréable. Faisons de l'hiver la saison morte, comme il se doit.

    Il fallait un anthropologue de talent pour nous faire enfin voir l'évidence. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales, en même temps qu'elle donnerait tout son sens à l'expression de « société distincte ». Cette solution aurait également le mérite de régler de nombreux problèmes de ladite société, qui vont de la réforme de la santé à celle de l'éducation.

  • L'histoire exceptionnelle de Montréal est abordée ici sous un angle distinct, celui des traces de son histoire, visibles dans l'espace urbain et dans la mémoire collective. Ces traces s'observent dans les vestiges et les bâtiments de diverses époques qui parsèment le paysage montréalais. Elles sont visibles dans les objets et les lieux de la vie quotidienne. Elles sont perpétuées dans le souvenir des événements du passé. Ces traces ont été produites, transmises et conservées par des générations de Montréalaises et de Montréalais. Elles sont révélées ici à travers l'oeil d'artistes qui, en utilisant divers médias, en ont assuré la pérennité.

    L'illustration est au coeur de la démarche et l'écrit ne vient que la mettre en contexte. Le lecteur est invité à découvrir l'histoire de Montréal par le regard, à s'imprégner de ces images pour reconstituer une trame qui s'étend sur plusieurs siècles. Il peut s'agir d'objets, de plans, de tableaux, de gravures, d'affiches ou de photographies.

    Le livre est structuré en cinq grands chapitres chronologiques. Chacun d'eux s'amorce par une très brève synthèse rappelant les principales caractéristiques de l'époque. Pour chaque période, l'allure générale de la ville est esquissée au moyen de plans, de vues ou de photographies aériennes. Le lecteur plonge ensuite dans cet espace urbain où sont mis en valeur des lieux, des immeubles ou des moments clés.

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