Sciences humaines & sociales

  • L'objet de cet essai porte sur les témoignages de personnes qui ont vécu l'horreur des camps nazis et qui en sont revenues. Celles et ceux qui en reviennent peinent à se définir comme des survivants : ce sont des spectres, des revenants, hantés par le souvenir des morts qu'ils ont laissés derrière eux.
    Ce livre a été écrit sous le signe de la hantise, celle des témoins en premier lieu, mais aussi la mienne. Écrire ainsi sous le signe de la hantise affecte l'écriture elle-même, et c'est précisément cela qui m'intéresse ici : ce quelque chose qui résiste, échappe à l'auteur comme au lecteur et se transmet à travers le témoignage. Le travail d'analyse et d'interprétation se situe donc constamment dans un entre-deux, à la limite du savoir et du non-savoir, du désir de compréhension et de l'aveu d'ignorance, de la maîtrise cérébrale et de la déroute affective.
    La performance de la lecture comporte dès lors un nécessaire échec, sans lequel on n'arrive à rien, sans lequel ce travail sous le signe de la hantise ne s'accomplit pas. En choisissant de nous laisser hanter par le savoir spectral du témoignage, nous pouvons ainsi advenir en tant que témoins.

  • Marx philosophe

    Olivier Clain

    Les textes ici rassemblés traitent de la philosophie de Marx, non du marxisme.
    On y croisera deux grandes manières de nouer dialogue avec elle. La première consiste à situer les intentions premières de l'oeuvre et à interpréter les grands textes pour en abstraire et discuter les concepts clés. Il s'agira ainsi d'éclairer le rapport de Marx à la métaphysique, d'élucider sa compréhension phénoménologique de la pratique, de préciser sa théorie de l'aliénation dans l'oeuvre de maturité et de reconstruire la conception de la marchandise qui s'y épanouit.
    La seconde approche invite plutôt à revisiter les concepts en fonction des préoccupations disciplinaires actuelles. C'est ainsi que les notions marxiennes de capital financier et de travail social sont discutées en regard des problématiques contemporaines de la sociologie économique et de la sociologie du travail. Dans le même esprit, l'ouvrage se termine par l'examen critique du Marx de Michel Henry en fonction des exigences propres de la phénoménologie contemporaine.
    Quelles que soient les positions défendues par chacun, tous rendent ici hommage à l'incontournable actualité de l'oeuvre philosophique de Marx. Avec des textes de Manfred Bischoff, Olivier Clain, Franck Fischbach, François L'Italien, Eric Pineault, Michel Ratté et Jean Vioulac.

  • Ce jeudi-là, charles lagrange s'emporte et alphonse de lamartine s'épanche, auguste billault déconcerte son auditoire, armand dufaure développe à loisir sa vision du monde.
    Armand marrast préside à la tribune. de leurs bancs, adolphe thiers et victor hugo écoutent et observent. d'autres prennent la parole sans que leurs interventions soient entendues. la plupart assistent en spectateurs à l'un des plus riches débats d'idées que l'histoire parlementaire française ait connu. près de cent soixante ans plus tard, le lecteur est convié à cette mémorable séance de l'assemblée nationale constituante de la iii république, l'après-midi du 14 septembre 1848.
    Pour démêler l'écheveau des discours qui la scandent, thomas bouchet suit pas à pas des représentants du peuple confrontés à la question qui figure à l'ordre du jour : le droit au travail. leur responsabilité est lourde : s'ils font figurer ce droit dans le préambule de la constitution, la république sera sociale. journaux, comptes rendus de comités et de commissions, textes politiques, écrits sur l'art oratoire, mémoires, caricatures, portraits et plans dessinent les contours d'un âpre combat fait de phrases qui crépitent, de chuchotements discrets ou de pesants silences.
    On y repère des lignes de clivage et des rapports de force tantôt inédits, tantôt hérités de la révolution française ou des années de monarchie censitaire. les règles de l'éloquence politique, les caractéristiques de la vie parlementaire, les dynamiques propres de l'événement et les logiques des parcours individuels ou collectifs aident à comprendre l'entrelacement du discours et de la politique au milieu du xixe siècle français.

  • C'est au philosophe contemporain Alain Badiou que Mylène Bouchard emprunte sa prémisse de départ : l'amour est « une construction de vérité ». Suivant les notions de vide, d'événement et de fidélité, s'appliquant à répondre avec Shakespeare, Tolstoï et Kundera à la question Qu'est-ce que l'amour ? pour en dégager la nature - « toujours que temporaire, circonstancielle » -, elle se demande ce qu'il faut à l'amour pour qu'il ait un sens incontestable et poétique. Dans l'idée essentielle que l'amoureux fabrique l'amour qui, au terme de la construction, constitue une grande vérité, nous retiendrons qu'aimer, c'est inclure et que si nous faisons pas l'amour, c'est l'amour qui nous fera.
    Quoi faire et ne pas faire ? Comment aimer, ne pas aimer, comment aimer « bien » ? Doit-on essentiellement apprendre l'amour ? Être ou faire ? Agir ou être à la merci ? Faire ou laisser faire ? Là est la question.
    Par cet essai lyrique, Mylène Bouchard, accompagnée d'autres penseurs (Platon, De Beauvoir, Barthes, Taylor, Kristeva, Finkielkraut, Rivard, etc.) propose de voir plus loin, invite à affronter le monde, réclame le hasard et la confiance, réinvente le risque et l'aventure de la vie.

  • On privilégie beaucoup, aujourd'hui, les thèmes généraux du savoir, du pouvoir et, plus récemment, de la subjectivité, quand on étudie les travaux de Michel Foucault.
    C'est faire un peu rapidement l'économie d'une problématique plus fondamentale dans l'oeuvre, puisque originaire et plus féconde, celle de la folie. C'est cette problématique première qui sera ici analysée, du point de vue croisé de l'histoire, de l'épistémologie et, puisqu'il le faut bien, d'une certaine métaphysique. Car c'est en somme la pensée foucaldienne dans son ensemble qui surgit d'un questionnement initial quant à la nature de la folie, tant celui-ci imprègne celle-là.
    Depuis l' " Histoire de la folie ", en effet, et jusqu'à " La volonté de savoir ", malgré des revirements à souligner, une constance se profile qu'il convient d'interroger.

  • En avez-vous assez de vous faire dire que vous écrivez mal ? Que vous n'êtes pas en mesure d'aligner deux phrases correctement ? Que vos textes sont de véritables charabias ?
    Étudiants, rédacteurs et autodidactes qui cherchez à améliorer la qualité de vos écrits, ce livre vous est destiné. Nous y présentons, le plus simplement et le plus clairement possible, les multiples règles qui régissent l'art d'écrire.
    Que trouve-t-on dans ce guide ? Des fiches, des exemples et des exercices regroupés en six parties : les notions préliminaires, les erreurs de vocabulaire, les erreurs dans la construction de la phrase, les principes de base de la ponctuation, les maladresses stylistiques et les outils à la disposition du rédacteur. Dans la section intitulée « Exercice de consolidation », le lecteur pourra vérifier s'il a bien assimilé les notions présentées.

  • La vie des normes : sociologie des conversations quotidiennes Nouv.

    Tout le monde converse, constamment. Tout se dit, mais l'on ne dit pas tout. On ne parle pas aujourd'hui des mêmes choses qu'hier, et on n'en parle pas de la même façon dans toutes les sociétés. Il y a des sujets privilégiés et des manières valorisées de les aborder. Les conversations quotidiennes, de l'échange le plus banal à la discussion décisive, sont donc « travaillées » par l'ensemble des manières de faire, de dire, de réagir que l'on tient collectivement pour bonnes, convenables et signifiantes. Plus largement, ces échanges constituent le grand flot constant de la socialisation, de la reproduction des rapports sociaux, bref, la société même. Celle-ci d'ailleurs, qu'est-elle d'autre, au fond, que ces milliers d'interactions quotidiennes qui reproduisent inlassablement, jour après jour, de manière assez banale, nos rapports à nous-mêmes et aux autres ?

  • Cet ouvrage est consacré aux traces de la mémoire du génocide au Rwanda dans la littérature africaine francophone.
    Par son caractère symbolique, la littérature trouve les mots pour dire la radicalité du génocide malgré le caractère innommable de l'événement. A partir d'un corpus constitué de six récits publiés dans le cadre du projet de Festafrica - " Rwanda. Ecrire par devoir de mémoire " - l'auteur montre que le génocide des Tutsi est abordé par une médiation littéraire usant de l'intertexte de la Shoah. Celle-ci acquiert dans ces textes la fonction d'interprétant du massacre des Tutsi pour en faire un autre génocide.
    Non pas que la Shoah explique l'itsembabwoko ou massacre des Tutsi, mais cette référence discursive permet de trouver les mots pour dire ce qui s'est passé au Rwanda en 1994. C'est ici que cette étude innove. Le génocide, tout en gardant son premier sens d'événement horrible et qui, pour la première fois, a désigné le massacre de Juifs d'Europe, est utilisé dorénavant comme une métaphore de la catastrophe absolue, un mot hyperbolique pouvant désigner tout autre massacre.
    Et l'oeuvre littéraire vise moins à expliquer, illustrer par la voie de la fiction, un génocide, qu'à révéler, par les procédés spécifiques à la littérature, les aspects indicibles de cette tragédie qu'aucun autre discours ne saurait dire sans tomber dans le pathétique.

  • Profondément affaiblie et divisée, apparemment réduite à l'impuissance et à l'insignifiance politiques, la gauche québécoise serait-elle en voie de disparition ?
    Cette question s'impose d'emblée compte tenu du décalage ahurissant existant entre la réalité socio-économique désastreuse de notre société et sa traduction, totalement déformée, sur le plan politique institutionnel. Comment expliquer cette contradiction et surtout comment la dépasser ?
    Cette question sert de fil conducteur à la réflexion de Jacques Pelletier dans le premier chapitre de cet essai qui traite également de quelques enjeux majeurs dans la conjoncture intellectuelle du Québec actuel : le « révisionnisme » dans l'interprétation de cette société et de son évolution depuis l'après-guerre, le statut et la fonction de l'intellectuel dans le monde moderne, le rôle de la recherche dans la nouvelle « économie du savoir ».
    Ces problèmes sont abordés à travers la figure de quelques auteurs marquants de notre temps, dont Hermann Broch, André Laurendeau et Pierre Vallières. Chacun à sa manière, ces écrivains et intellectuels se sont confrontés à l'époque, tentant de la comprendre, mais aussi et surtout de la transformer.

  • conrad laforte présente dans cette anthologie en deux tomes de véritables chansons de tradition orale françaises retrouvées aussi bien en europe qu'en amérique.
    parmi les milliers de chansons mises au jour par les enquêtes effectuées depuis 1852 auprès d'authentiques témoins de la tradition, conrad laforte en a identifié au moins 353, en plus de 12 000 versions, et toutes sont de facture médiévale. a partir du xiiie siècle, les poètes lettrés ont introduit la rime et se sont alors interdit les vers assonancés. laforte en a fait la démonstration dans survivances médiévales dans les chansons folkloriques (les presses de l'université laval, 1981), ouvrage qui n'a reçu que des éloges de la part des médiévistes et des humanistes.
    les chansons retenues ici sont les plus anciennes et aussi, pour la plupart, les plus belles et les plus significatives du corpus. elles sont de petits chefs-d'oeuvre classiques issus du peuple. l'analyse musicale de robert kehler, qui précède les textes de chansons, tend à démontrer que les mélodies ont pu être composées au moyen age.

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