Editions De L'olivier

  • Photo de famille. Avec ce deuxième titre de la collection " Figures libres ", Agnès Desarthe joue complètement le jeu et nous livre plus qu'un autoportrait : une radiographie de son imaginaire personnel - et familial. Elle écrit : " Peut-être ferais-je mieux de commencer par expliquer que mon grand-père n'est pas mon grand-père. Bouz, Boris, Baruch n'est pas le père de ma mère. Le père de ma mère a été tué à Auschwitz en 1942. B.B.B. - appelons-le ainsi, pour le faire court - est l'homme avec qui ma grand-mère, la vraie, a refait sa vie...si l'on peut dire. "Né à Cernowitz , à moins qu'il ne s'agisse de Kichinev, dans ces lointaines provinces de l'empire des Habsbourg qui furent successivement roumaines, soviétiques ou ukrainiennes, B.B.B. traverse le siècle sans déranger personne. En occupant la place laissée vacante par le grand-père disparu, il joue désormais un rôle à la fois discret et nécessaire. Ce vieux monsieur excentrique est la pièce manquante du puzzle familial. Agnès lui doit d'avoir compris une bonne partie de son identité, longtemps occultée, comme chez certains personnages d'I.B. Singer." Je voulais écrire sur un homme exemplaire ", dit encore l'auteur. Exemplaire, mais de quoi, de qui ? Et pourquoi la figure d'un homme héroïque, le Dr Janus Korczak, qui sauva les orphelins du ghetto de Varsovie, surgit-elle soudain en surimpression ? Avec tendresse, avec humour, avec obstination, Agnès Desarthe déchiffre le palimpseste de la mémoire dans ce qui restera, à l'évidence, comme un de ses plus beaux textes.

  • « Ça commence comme une plaisanterie. » Deux adolescentes se retrouvent un matin à préparer un café pour leur invité, Mick Jagger. C'est Nathalie qui, avec aplomb, se fait maître de cérémonie et contraint son amie à se plier à ce scenario imaginaire. Car Nathalie veut croire que Mick Jagger va arriver. Il faut absolument qu'il vienne - et qu'il initie à la vraie vie. Peu à peu, on découvre que cette capacité folle à rêver au présent est moins un penchant de jeunes filles pour la rêverie que la manifestation d'un instinct de survie : le besoin vital de se projeter ailleurs pour échapper à sa vie. La romancière revisite ces années-là en dévoilant peu à peu les vides, les manques dans lesquels son idole a trouvé à se glisser : un père qui a très tôt quitté la maison, une mère dépressive chronique qui la déserte souvent pour aller en cure de repos, une immense solitude. En une série de petits déjeuners imaginaires, l'auteur raconte comment Mick Jagger a colonisé son imaginaire et cristallisé toutes les peines, les joies et les désirs sexuels naissants de l'adolescente qu'elle était. Dans ce livre très personnel, Nathalie Kuperman livre un portrait d'elle-même à travers la mythique figure de Mick Jagger, dont elle rêve d'avoir la vitalité et la fureur de vivre. Son adolescente ressemble à Holden, le héros de L'attrape-coeur, avec lequel elle partage la raillerie, la rage froide, l'immense besoin d'amour. Petit déjeuner avec Mick Jagger est un récit porté par une écriture qui glisse sans cesse de la confession intime à l'invention romanesque la plus folle. Un récit à l'image de son inspirateur : hors normes, sauvage et séduisant.

  • Dialogues d'exilés"Menteuse", Valérie Zenatti l'est dès la première ligne de ce livre puisqu'elle prétend être Aharon Appelfeld jusqu'à ce qu'elle dévoile sa propre identité. Cet "aveu" l'amène à parler de son enfance à Nice, de sa fascination pour les fêtes juives, de la révélation que fut pour elle, enfant, le film Holocauste, de son adolescence en Israël avec sa famille, de sa rencontre avec Aharon Appelfeld, l'écrivain dont elle devient la traductrice et l'amie.Donc le héros favori de Valérie Zenatti est " Aharon Appelfeld ". Pas le vrai Appelfeld, l'écrivain mondialement connu dont les livres nous bouleversent. Mais un personnage qui, même s'il emprunte bien des traits à son modèle, doit beaucoup à l'imagination de Valérie Zenatti. S'autorisant de la complicité qui la lie à Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti invente une fiction dans laquelle deux enfants - un garçon et une fille - se retrouvent dans une forêt ukrainienne, pendant la Seconde Guerre mondiale, poursuivis par une meute de loups. Cet épisode presque onirique est le coeur d'un livre où le destin de l'écrivain et celui de sa traductrice ne cessent de se croiser et de se répondre (née en France, Valérie Zenatti a été élevée en Israël).

  • - Portrait(s) de femme(s)Répondant sans hésiter à la question qui définit la collection Figures libres (" quel est votre héros favori ? "), Maryline Desbiolles a entrepris de faire le portrait de Zouc, cette comédienne totalement atypique, de son vrai nom Isabelle von Allmen, célèbrissime pendant les années 70, et qui depuis a disparu de la scène à la suite d'une maladie nosocomiale.Zouc, femme sans âge, corpulente, toujours vêtue de la même robe noire, pourvue d'un accent suisse et d'une voix capable de monter très haut dans les aigus lorsqu'elle se livre à l'une de ses incarnations ( car on ne saurait parler d' imitations sans diminuer son talent) : en scène, elle joue tous les rôles, elle est la petite fille capricieuse, la mère exaspérée, la maîtresse d'école, la paysanne du Jura... Drôle, Zouc ? Disons : drôle à faire peur. A l'arrière-plan des sketches de son one-woman show s'ouvrent des abîmes - la solitude que l'on devine, l'asile psychiatrique où elle a fait plusieurs séjours -, et pourtant nulle tristesse chez elle. De la gravité.Légèreté/gravité, humour/sérieux, le livre de Maryline Desbiolles oscille entre ces deux extrêmes dans ce livre qui , en suivant le fil d'Ariane du souvenir, explore son propre passé. Souvenirs d'une enfance niçoise -la rue Masséna, les camarades de classe -, mais aussi savoyarde, avec la ferme où l'on passe les vacances et le lapin qu'on saigne. Et surtout portrait de sa mère, cette " femme drôle " qui est comme l'image inversée de Zouc.Avec, pour finir, une méditation sur un tableau énigmatique d'Holbein, " Portrait de femme avec un écureuil et un étourneau ", qui réconcilie toutes ces images de la féminité.Ce texte envoûtant est un vrai bijou.

    - Maryline Desbiolles est née à Ugine, en Savoie. Elle vit dans l'arrière pays niçois. Elle considère la poésie comme " son école d'écriture ". Poésie qu'elle a expérimentée dans les recueils et dans des revues qu'elle a créées, mais qui lui semble désormais inséparable de ses romans : La Seiche (1998), Anchise (Prix Fémina 1999), ou encore La Scène (2010) publiés dans la collection " Fiction & Cie " aux Éditions du Seuil. Elle met aussi à l'épreuve son écriture en la confrontant à la peinture, à la sculpture (Nous rêvons notre vie, Éditions du Cercle d'art, 2003 ; Les Draps du peintre, Seuil, 2008) ou dans des pièces radiophoniques.

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