• Mina parmi les ombres

    Edem Awumey

    • Boreal
    • 22 Août 2019

    Kerim Neto est revenu dans sa ville natale, cette cité au bord de l'Atlantique prise entre les morsures du soleil et les sermons virulents de prêcheurs, apôtres et prophètes improvisés. Il est revenu parce qu'il s'est lancé à la recherche de celle qui fut son modèle, éternelle amante et égérie. Mina a disparu.

    Kerim refait leurs parcours d'autrefois, espérant découvrir Mina au détour d'une rue. Il interroge les anciens amis avec qui tous deux faisaient du théâtre et narguaient l'armée de dictateurs fantoches. Ils sont aujourd'hui imams ou indics de police.

    Et quelle Mina retrouvera-t-il ? Se cachera-t-elle derrière un voile ? Chantera-t-elle le Christ ressuscité ? Portera-t-elle les marques de la torture ?

    Ce n'est pas l'Afrique lointaine, exotique, que le lecteur retrouvera ici, mais celle où, comme en Occident, le pouvoir est désormais entre les mains de forces obscures. L'Afrique des esclaves d'hier qui se prête encore aujourd'hui aux commerces les plus sauvages sous prétexte de mondialisation. Et où les religions rivalisent d'imagination et de manipulation afin de convertir la population à la parole d'Allah ou à celle des Évangiles, sous l'oeil fatigué des antiques orishas.

    Mina parmi les ombres est un hymne à la pérennité du désir, au pouvoir immortel de la beauté et au courage des femmes.

  • Les pieds sales

    Edem Awumey

    Dans la nuit parisienne, Askia et Olia poursuivent des ombres.
    Le premier est un Télémaque obscur au volant d'un taxi lugubre sur les traces du père. Quant à elle, elle traque avec son appareil photo des figures d'hommes et de femmes sans patrie, des terriens aux pieds sales à force de courir le monde. Comme ces clandestins qui, chaque aube que font les dieux de l'exode, remontent du Sud de leur enfance vers le Nord des errances. De l'Afrique aux rivages européens de Santa Cruz de Ténérife...
    Des êtres en quête de pain, d'espoir. De terre aussi. Olia pourra-t-elle aider Askia dans sa désespérance? Et si le dernier salut, le pays ultime au terme de leur périple, c'était l'amour dans le regard de l'autre? Pendant ce temps, les skinheads de la haine se tiennent prêts. A en finir avec celui qui reste l'étranger...

  • Rose déluge

    Edem Awumey

    Venu du golfe de Guinée et transitant par le Canada, le jeune Sambo transporte dans une boîte les " restes " de sa tante Rose (en fait, ses cheveux et ses ongles) que la défunte lui a demandé d'ensevelir à la Nouvelle-Orléans, terre de ses ancêtres. Rose était une vieille femme un peu givrée qui vivait à Lomé dans ses hallucinations et attendait en vain l'arrivée d'un bateau mythique, le Butterfly. Le roman commence à un arrêt d'autobus de la banlieue d'Ottawa, lorsque Sambo est abordé par Louise, une jeune Acadienne intriguée par sa précieuse boîte dont il hésite à révéler le contenu. En récits alternés, les deux jeunes gens se révéleront l'un à l'autre, aimantés par la similitude de leurs malheurs. Louise se rend à New York où elle veut entamer une carrière de danseuse. Elle est issue d'un viol : c'est cela qu'elle désire danser et mimer sur les trottoirs de Broadway. A la fin, après une longue scène d'amour d'une grande beauté, dans laquelle les caresses échangées font surgir les fantômes de chacun, Louise décide d'accompagner Sambo jusqu'au terme de son voyage, à la Nouvelle-Orléans.Edem Awumey est parvenu à un équilibre difficile entre la précision naturaliste et le fil métaphorique. Très touchants, Sambo et Louise sont deux êtres qui vivent dans le sentiment d'un tribut à payer pour redonner un sens au chaos du monde. Livre inspiré, lancinant, habité par un souffle puissant.

  • Explication de la nuit

    Edem Awumey

    • Boreal
    • 28 Août 2014

    Ito Baraka va mourir. À Gatineau, loin du soleil, dans l'obscurité humide de ce minable appartement qu'il partage avec sa compagne, Kimi, autochtone et junkie.
    Mais, avant de mourir, il a ce livre à finir. Ce roman où il raconte des événements qui se déroulent dans un pays où le soleil brûle, brûle la peau, brûle le cerveau, brûle la rétine de ceux qu'on oblige à le regarder sans ciller. Dans un pays où brille également un autre soleil, celui d'un dictateur en proie à la peur.
    Et quand un dictateur a peur, il ratisse large. D'abord, il y a ces jeunes, à l'université, qui affichent leur liberté en montant Beckett sur des scènes de fortune et en distribuant des tracts où la parole de l'auteur de Fin de partie prend une résonnance insoupçonnée. Ensuite, il y a les vieux, qui sont, on le sait bien, devins, mages, charlatans et surtout ensorceleurs et mangeurs d'âmes, et qui, une fois la nuit venue, sur leur couche, ferment les yeux, ordonnent à leur esprit de quitter leur corps et partent vers des contrées lointaines, êtres étranges aux bras déployés au-dessus des cases endormies, leurs ailes de feu tendues dans le vent.
    La magie n'est-elle pas la plus dangereuse forme de sédition ?
    C'est ainsi que Ito, dans sa cellule, fera la connaissance de Koli Lem, l'aveugle qui ne se sépare jamais de ses livres. Au milieu de la nuit la plus noire, dans les paroles échangées, dans leur chair, ils seront l'un pour l'autre l'unique lumière.
    Dans ce quatrième roman, Edem Awumey propose une oeuvre d'une force inouïe, qui explore impitoyablement cette obscurité que l'humanité porte en elle.

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